Le gouvernement britannique aurait expulsé 7000 étudiants étrangers par erreur

En plein scandale Windrush, le Financial Times dévoile que le ministère de l’Intérieur britannique aurait expulsé des milliers d’étudiants étrangers après les avoir faussement accusés de triche à des tests de langue anglaise.

En plein scandale Windrush, le Financial Times dévoile que le ministère de l’Intérieur britannique aurait expulsé des milliers d’étudiants étrangers après les avoir faussement accusés de triche à des tests de langue anglaise.

Le ministère de l’Intérieur britannique affronte un nouveau scandale. Après la démission, dimanche, de la ministre Amber Rudd en pleine affaire Windrush, le Financial Times publie de nouvelles révélations qui concernent cette fois les étudiants étrangers. Selon le prestigieux quotidien, plus de 7 000 étudiants étrangers ont été expulsés de façon abusive par le «Home Office», qui les a faussement accusés d’avoir triché à leur test de langue anglaise nécessaire à l’obtention de leur visa.

Les étudiants étrangers étaient sous le coup d’une enquête du ministère après la diffusion en 2014 d’un reportage de la chaîne BBC. Ce dernier dévoilait les nombreux cas de tricheries au Test of English for International Communication (TOEIC), un des nombreux tests de langue anglaise certifiant d’un certain niveau dont les universités et écoles demandent la preuve lors d’une candidature.

Près de 36.000 expulsions d’étudiants supposés tricheurs

Theresa May, première ministre britannique, était alors ministre de l’Intérieur et avait déclenché une vaste enquête. Le service américain Educational Testing Services (ETS), qui délivre le TOEIC, a alors divulgué au gouvernement britannique les chiffres concernant les tests aux résultats douteux. Après avoir analysé les dossiers, ETS a déclaré que 33.725 candidats avaient demandé à une autre personne de passer le test à leur place. L’entreprise a précisé avoir un sentiment de «confiance limitée» concernant 22.694 autres cas.

Ces chiffres ont eu des conséquences immédiates. Dès 2016, le ministère de l’Intérieur a déclaré avoir révoqué le visa de 35.870 personnes. La plupart ont été informés qu’ils n’avaient pas le droit de faire appel et devaient quitter le pays dans les plus brefs délais. Mais un tribunal d’appel sur les affaires d’immigration a démontré en 2016 que lorsque l’analyse vocale des tests ETS était vérifiée par un humain, l’ordinateur se trompait dans 20% des cas. Ce qui signifie que 7 000 étudiants ont vu leur visa annulé par erreur.

Un comportement «injuste et déraisonnable»

«La qualité très contestable des preuves sur lesquelles ces accusations ont été fondées et l’absence de tout contrôle judiciaire efficace ont donné lieu à l’une des plus grandes injustices que j’ai rencontrées en plus de 20 ans de pratique», s’offusque Patrick Lewis, avocat spécialisé dans les questions d’immigration et d’asile chez Garden Court Chambers et qui a représenté plusieurs des demandeurs concernés et annulé la décision du Home Office dans chaque affaire, auprès du Financial Times. Dans un jugement rendu sur l’affaire d’un étudiant bangladais, publié l’année dernière, un juge du tribunal de l’immigration a par ailleurs déclaré que le comportement du ministère de l’Intérieur était «si injuste et déraisonnable qu’il équivalait à un abus de pouvoir».

Le porte-parole de Theresa May a assuré de son côté que le gouvernement avait toujours cherché à s’assurer que son action face au scandale de tricherie était «mesurée et proportionnée», avant d’ajouter que le travail d’un expert avait montré que le nombre d’erreurs serait «très faible». Selon le porte-parole de la première ministre britannique, 21 personnes ont été condamnées pour avoir aidé les étudiants à simuler leurs tests «avec des peines totalisant 68 ans de prison».