Écoles de journalisme reconnues : 14 formations très exigeantes

Parmi les 14 écoles de journalisme “reconnues par la profession”, privées ou publiques et disséminées aux quatre coins de la France, 12 d’entre elles proposent un diplôme de niveau master, et recrutent leurs candidats à partir de bac+3


Difficiles d’accès, ces établissements dispensent des formations appréciées des grandes rédactions. Mais pour y parvenir, il faut être prêt à passer par la redoutable étape des concours particulièrement sélectifs.


Parmi les 14 écoles de journalisme “reconnues par la profession”, privées ou publiques et disséminées aux quatre coins de la France, 12 d’entre elles proposent un diplôme de niveau master, et recrutent leurs candidats à partir de bac+3 : le CUEJ à Strasbourg, l’EJCAM à Marseille, l’EJDG à Grenoble, l’EJT à Toulouse, l’ESJ à Lille, l’IJBA à Bordeaux, le CELSA, le CFJ, l’École de journalisme de Sciences po, l’IFP, etl’IPJ à Paris, ainsi qu’à partir de cette année l’EPJT à Tours (voir encadré). Les IUT (instituts universitaires de technologie) de Lannion et de Cannes recrutent quant à eux des bacheliers et les préparent à un DUT (diplôme universitaire de technologie).

Dans la pratique, ce qui est reconnu, ce n’est pas l’école en elle-même, mais la formation qu’elle dispense. La CPNEJ (Commission paritaire nationale de l’emploi des journalistes), se fonde sur dix critères pour agréer les formations. Notamment : des frais de scolarité accessibles au plus grand nombre, un accompagnement pour l’insertion professionnelle, des cursus observés de près par la commission et des stages définis. Le cursus doit de plus former au journalisme de façon générale, aux différents médias. Ainsi, ces 14 cursus sont vus par beaucoup comme des références dans le secteur.

IUT : une sélection drastique

Résultat : nombreux sont ceux qui tentent d’en franchir les portes, espérant un réseau solide et des opportunités professionnelles, dans un secteur réputé tendu. Pour les deux DUT, la sélection est drastique, car les candidats, lycéens en terminale ou étudiants de niveau bac+1, sont légion à tenter l’inscription via Parcoursup.

Les étudiants de l'IUT de Lannion s'entraînent à la présentation du journal télévisé dans un studio dans les conditions du réel. // © Roxane De Witte/Université de Lannion
Les étudiants de l’IUT de Lannion s’entraînent à la présentation du journal télévisé dans un studio dans les conditions du réel. // © Roxane De Witte/Université de Lannion

À l’IUT de Lannion, la direction déclare avoir reçu 1 086 candidatures, pour 29 places. À l’issue de l’étude des dossiers, l’établissement convoque les 145 candidats qui l’ont le plus convaincu, pour des oraux. “Nous regardons les notes des candidats, mais aussi les expériences et démarches qu’ils ont pu faire pour découvrir le métier de journaliste, ainsi que leur projet professionnel. Nous cherchons des étudiants curieux, intéressés par le décryptage de l’actualité, avec une approche critique”, détaille Sandy Montañola, responsable de la formation. Pour se détacher du lot, le fait d’avoir rencontré des journalistes ou tenu un blog au lycée, par exemple, peuvent faire la différence. “Ces démarches permettent d’avoir un lien avec le milieu du journalisme, et surtout évitent une vision lointaine du métier”, souligne-t-elle. De bonnes notes au lycée et une démarche active pour prouver sa motivation sont ici la clef de la réussite.

Entrée en master : des concours à préparer très sérieusement

Pour les autres écoles, qui recrutent à partir de bac+3, la sélection est tout aussi rude et les concours d’entrée demandent une préparation très sérieuse. Par exemple, le CFJ, à Paris, a reçu 930 candidatures, pour 49 places en 2017. Et le CUEJ, à Strasbourg, 728 dossiers pour 56 intégrés. Toutes les licences et parcours sont acceptés. Les écrits, de façon générale, se composent de questions d’actualité et de culture générale, d’épreuves de créativité, de rédaction d’article ou de synopsis et parfois d’anglais. Si l’on est admissible, direction les oraux. Les épreuves varient d’une école à l’autre, il faut bien se renseigner sur chaque établissement et travailler sur les annales, pour être fin prêt le jour J.

Pour Valentin, tout juste sorti de l’EJT, à Toulouse, il aura fallu trois tentatives pour intégrer l’école de ses rêves. Pour son troisième et ultime essai, il a choisi de suivre une préparation sur mesure aux concours proposée par l’université de Bayonne (64). “Les deux premières fois, il me manquait l’acquisition de l’actualité et de la rigueur sur mes fiches. Les épreuves pratiques se sont bien passées, mais j’étais loin d’avoir le niveau en culture générale et en actualité”, se souvient-il. Lors de sa préparation à Bayonne, des tests hebdomadaires l’ont aidé à consolider ses connaissances, lui permettant de réussir le concours et lui ouvrant les portes de l’école toulousaine.

Solide culture générale exigée

De son côté, Blandine, diplômée du CFJ en 2016, a préparé seule les concours, après un master en histoire de l’art. “En discutant avec des journalistes, j’ai décidé de viser une école reconnue, car tous m’ont dit que le réseau était primordial et que sortir d’une telle école était un vrai plus”, se rappelle-t-elle. Avant les écrits, elle prépare alors très sérieusement ses fiches. Pour la culture générale, elle a d’ailleurs un petit conseil : “J’ai lu les cartes de mon Trivial Pursuit. Dix par jour, et chaque week-end je repassais les 70 de la semaine. C’était ludique ! En plus, je suis devenue imbattable à ce jeu”, s’amuse-t-elle.

Katerina (de face) et Marie-Laure (de dos), étudiantes à EJT en 2017, s'exercent à la pratique du reportage. // © Fred Marie/Hans Lucas pour l'Etudiant
Katerina (de face) et Marie-Laure (de dos), étudiantes à EJT en 2017, s’exercent à la pratique du reportage. // © Fred Marie/Hans Lucas pour l’Etudiant

Autre conseil : ne pas hésiter à mettre en avant son parcours, surtout s’il est original ou atypique. “À l’écrit, dans une épreuve de créativité, il fallait écrire à partir d’un mot. J’ai pris ‘plan’, et j’ai écrit sur la construction du dôme de Florence, en faisant appel à mes souvenirs d’études d’histoire de l’art”, se souvient-elle. Carton plein pour Blandine, qui a pu choisir entre l’ESJ Lille et le CFJ à Paris, deux écoles très réputées.

Écrire sur ses passions

Préparer seul, pendant sa troisième année de licence, se donner une année blanche, faire appel à une prépa, privée ou publique via sa fac, toutes les stratégies sont possibles. À noter que pour les boursiers,plusieurs préparations sont accessibles, comme “la chance aux concours”.*

En charge de la préparation proposée aux élèves de l’université Paris 1-Panthéon-Sorbonne, Frédérique Matonti encadre une quinzaine de candidats chaque année. “Le plus important est d’avoir un signe d’intérêt pour le journalisme dans le parcours. Il faut faire des stages, dès que possible, et ne pas hésiter à taper à la porte de la presse régionale. C’est important pour le dossier et à l’oral. Ou il faut écrire, avoir un blog. Une de mes élèves n’avait jamais fait de stage, mais elle tenait un blog sur la cuisine,et elle a été prise à l’ESJ Lille. Donc si vous avez une passion, écrivez dessus”, insiste-t-elle.

Autre point essentiel : l’actualité. “Il faut être un obsédé de l’actualité, lire le journal, le ficher, tout regarder. Pas seulement la politique et l’international, mais aussi l’économie, les faits divers, la culture populaire, tout ce qui se passe dans les médias !” Travailler en groupe peut être une bonne solution face à ce travail considérable.

Le stage en presse régionale : un incontournable

Une fois le tourbillon des concours passé, les études commencent par des cours théoriques et une remise à niveau des élèves. Lhadi est sorti de l’IUT de Cannes en 2015. Ses premiers mois n’ont pas été évidents. “Le premier semestre est difficile, entre découverte des médias et théorie. Ensuite, on a eu davantage de pratique, avec des cours d’écriture, et on a appris à faire de la radio et de la télé.Ce que j’ai préféré, ce sont les ‘semaines pro’, durant lesquelles on s’imagine un média, avec sa maquette, sa ligne éditoriale. C’est une vraie pression, car on s’applique la même exigence qu’un professionnel, mais c’est très formateur”, estime le journaliste, qui travaille aujourd’hui pour le site Mashable.

Les élèves de l'ESJ Lille dans le studio de l'école lors du module radio. // © Eric Flogny pour l'Etudiant
Les élèves de l’ESJ Lille dans le studio de l’école lors du module radio. // © Eric Flogny pour l’Etudiant

Justine, quant à elle, vient de terminer le cursus de l’IFP, à Paris. Aujourd’hui à France 3 pour l’été, elle évoque sa première année à l’école : “Le premier semestre était partagé entre théorie et pratique. J’avais vraiment envie de me lancer à fond dans la pratique, pourtant les cours sont essentiels, comme sur l’économie ou la déontologie.” Elle y apprend alors les bases de la télé et de la radio, de la réalisation du sujet au montage, en passant par la présentation. Son meilleur souvenir : ce qui est appelé “le projet journalisme” à l’IFP. “Il peut être fait sur n’importe quel sujet, avec comme but de vendre l’article. J’ai gagné un prix de 3.000 € pour réaliser un sujet en Chine ! Je suis donc partie pour un article complet sur l’architecture française en Chine, comme les imitations du château de Versailles, c’était génial”, se souvient la jeune diplômée.

À l’issue de la première année, tous les élèves d’une école reconnue passent par un stage en presse régionale. Blandine, diplômée du CFJ, l’a effectué à “la Voix du Nord”, à Cambrai (59). “J’ai pu y appliquer ce que j’avais appris à l’école, comme la data, ou les nouveaux supports. J’essayais d’y faire des choses variées. Les stages, si on laisse une bonne impression, peuvent être des portes d’entrée intéressantes. Après mon diplôme, j’ai été rappelée par ‘la Voix du Nord’ pour un CDD [contrat à durée déterminée] de sept mois !”

Dernière année de master : la spécialisation

En deuxième année, c’est l’heure de la spécialisation, où il faut choisir entre télévision, radio, ou presse écrite et web, le début de carrière en ligne de mire. Camille, diplômée de l’EJCAM en 2016, s’est tournée vers la télévision. La possibilité de passer des concours et des bourses, offrant des contrats dans de grandes radios et chaînes de télévision étant une autre caractéristique des écoles reconnues,Camille a concouru à la bourse Patrick-Bourrat. “Grâce à ma deuxième place en catégorie JRI (journaliste reporter d’images), j’ai gagné un CDD de quatre mois à LCI. Et avec les présidentielles, j’ai enchaîné et j’ai beaucoup travaillé pour les chaînes d’information en direct”, détaille-t-elle.

Pour Léo, diplômé du CELSA, c’est une année Erasmus à Berlin qui a tout changé. “Je suis parti entre mes deux années de master. Après mon diplôme, un CDD à France 2 et des piges en télé, je suis retourné y vivre. J’y travaille depuis un an, en tant que pigiste pour l’AFP et France 2, et je suis heureux de mon choix. Cela n’aurait pas été possible sans mon Erasmus”, raconte-t-il, ravi de sa vie d’expatrié en Allemagne. Mais attention, toutes les écoles reconnues ne proposent pas d’échange à l’étranger. Si cela vous intéresse, renseignez-vous.

Un marché du travail assez accueillant

Que ce soit grâce à des bourses, à un stage de fin d’année, ou au réseau constitué, ces jeunes journalistes n’ont pas trop de difficulté à s’insérer, même s’ils débutent souvent par des CDD ou des piges. Du côté de l’IPJ, on se veut rassurant : “À deux ans, nous comptons 95 % d’emploi dans le journalisme. L’emploi est en tension, notamment en radio, mais il y a de la place pour les jeunes diplômés. Et le stage de fin d’études est essentiel, car deux ans après, plus de la moitié de nos diplômés, travaillent encore pour le média dans lequel ils l’ont effectué”, souligne Éric Nahon, directeur adjoint de l’école.

Les offres d’emploi transitent entre les anciens des écoles, que ce soit via un groupe Facebook fermé ou une bourse aux emplois organisée par l’établissement ou l’association des anciens. Frédéric Sallet est président de celle de l’IJBA, à Bordeaux. Lui-même journaliste à “Sud Ouest”, il relaie les offres reçues aux alumni de son école. “Ce réseau est important, car le fait de contacter un autre ancien est facilité. Et pour les médias, il y a un côté rassurant quand un candidat sort d’une école reconnue, car on sait que le cursus répond à des critères de qualité et que la sélection est rigoureuse. Après, bien entendu, cela ne fait qu’ouvrir la porte pour un premier contact. Une fois en poste, il faut faire ses preuves”, conclut-il.

Il y a donc du travail pour les jeunes journalistes une fois lancés dans le grand bain. Il ne reste plus qu’à trouver la formation faite pour vous, qu’elle soit après le bac ou une licence, selon les spécialités et opportunités de chaque école, mais surtout selon votre projet professionnel. Pour vous aider à y voir plus clair et à choisir l’école qui vous correspond, rendez-vous sur notre palmarès dynamique.