première fois
première fois

L’apprentissage n’a décidément pas d’âge. C’est du moins la leçon que l’on peut tirer de la vie de Priscilla Sitienei, Kenyane de 90 ans qui a récemment rejoint les bancs de l’école… pour la première fois de sa vie.

Janvier 2015, dans la salle de classe d’une école primaire kenyane. Alors que l’assemblée écoute attentivement la leçon, une élève retient particulièrement l’attention. Et pour cause: il s’agit de Priscillia Sitienei, 90 ans, élève en cinquième année de premier cycle. Après 65 ans de carrière dans le médical, cette ancienne sage-femme a finalement décidé à 85 ans de s’offrir enfin l’enseignement qu’elle n’a pas pu recevoir enfant, rejoignant de ce fait six de ses petits enfants scolarisés dans l’établissement.

Dans un entretien accordé à la BBC ,celle que l’on surnomme «Gogo» explique ainsi pourquoi, à un âge aussi avancé, elle n’a pas renoncé à apprendre à lire et à écrire: «Je voudrais être capable de lire la Bible; je veux aussi inciter les enfants à recevoir un enseignement.(…) Trop d’enfants plus âgés ne vont pas à l’école. Ils ont même parfois déjà des enfants eux-même.». Ces derniers, venus au monde entre les mains de Priscillia pour la plupart, sont désormais devenus ses premiers camarades de classe.

«Gogo a été une bénédiction pour cette école, elle a été une source de motivation pour tous les élèves.»

L’école, étonnée de cette candidature impromptue, avait d’abord gentiment congédié la doyenne. Pourtant, devant l’inébranlable motivation de Priscillia, le directeur de l’établissement a finalement accepté d’intégrer cette écolière toute particulière. Et il ne regrette rien. «Je suis très fier d’elle», livre -t-il à la BBC. «Gogo a été une bénédiction pour cette école, elle a été une source de motivation pour tous les élèves.».

En classe, Priscillia joue le jeu jusqu’au bout: elle suit ainsi les mêmes cours que ses camarades (anglais, maths, sport, théâtre et chant), porte le même uniforme, et partage enfin le dortoir commun. Pourtant, à l’heure de la pause, la vieille dame retrouve son rôle de doyenne. Au coin de la cour ou à l’heure du coucher, Priscillia ne manque pas une occasion de raconter ses souvenirs et de transmettre à la nouvelle génération les légendes et coutumes de la région.

Au-delà d’une aspiration spirituelle, c’est surtout la transmission qui se trouve au coeur de la démarche de Priscillia: par la maîtrise de l’écriture, la doyenne souhaite ainsi pouvoir mettre sur papier les connaissances médicales et médicinales accumulées durant sa longue carrière. Et Priscillia de conclure: «Je veux dire aux enfants du monde, en particuliers aux filles, que l’éducation constitue leur plus grande richesse.(…) Avec l’éducation, vous pouvez être tout ce que vous voulez: docteur, avocat ou même pilote.»